Les boules d'or
Charline88 | 03/11/2026L'abattement
Ce simple souvenir me fait gémir. Mon Dieu ! Pas de remords, simplement des regrets. Oui, comme j'aimerais que tout ceci soit de nouveau d'actualité… Jamais personne ne m'avait fait jouir autant que Grégoire ce soir-là. Inexplicablement, puisqu'à aucun moment il ne m'avait vraiment touchée. Ma peau ne sait toujours pas ce qu'est le contact avec la sienne, mais cependant j'avoue que mon corps est toujours en attente de ce qui nous a réunis cette fameuse nuit.
Gaëlle, le nez sur son clavier, bosse sans se douter que mes pensées vont toutes vers son géniteur. Elle n'a jamais su, ne saura sûrement jamais. Parfois, je sens son regard interrogateur qui tente de deviner le pourquoi de cette langueur qui me gagne, mais je ne peux – ne veux surtout – pas me libérer de mon plus doux secret… trente-sept mois d'un presque bonheur parfait avec des temps tellement chauds où j'ai fait l'amour comme une bête. Oui… malgré le fait que mon amant – ai-je le droit de l'appeler ainsi ? – lui qui ne m'a pénétrée que par procuration, ne m'a pas touchée physiquement ?
Je suis souvent sur mon petit nuage mais je continue de vivre sans vrai but, comme si Grégoire avait emporté avec lui ce bonheur auquel je ne voulais pas croire. Il me manque. Les autres, ceux qui ont eu mon corps, n'ont jamais pris mon âme. C'était plus fort que l'amour, plus fort que lui, que moi ! Quelque chose qui ne pouvait appartenir qu'à nous, que nous devions assumer à deux, ensemble.
Le téléphone qui grelotte sur mon bureau me ramène à la grisaille d'une existence sans lui. Encore de la tôle froissée ?
Le père de Gaëlle se réjouit de me voir ainsi balancée entre honte et désir ? Peut-être. Ma culotte roulée en boule dans sa main, il me la rend.
— Tiens. Est-ce que tu mouilles ?
— …
— Tu n'as pas entendu ? Est-ce que tu as envie d'être baisée ?
Je ne veux pas répondre. Alors il ruse, mais je ne le comprends que trop tardivement.
— Essuie-toi avec ce chiffon et redonne-le-moi. Tu sens bon… j'aime l'odeur de ta chatte. C'est enivrant de renifler une culotte de femme. La tienne en particulier a un bouquet très spécial. Allons ! Écarte tes jolies gambettes et frotte le chiffon sur ta motte.
La boule blanche est là, incongrue dans ma paume. Dois-je absolument obéir à cette demande saugrenue ? Il ne parle plus, se contentant de me faire les gros yeux. Je ploie légèrement mes genoux, et comme pour le satisfaire mon bras dirige ce que je tiens vers mes grandes lèvres. Le linge glisse lentement du haut vers le bas, fait un aller-retour, et nul besoin de lorgnons pour distinguer l'auréole humide qui orne la culotte. Il n'attend pas que je la lui rende : son bras s'étire, et il chope au passage mon poignet.
— Donne !
Mes doigts s'entrouvrent pour dégager ce qu'il veut. Un nouveau voyage pour mon sous-vêtement qui l'entraîne de ma patte à son nez. Il inspire longuement. Un long soupir s'échappe de sa bouche.
— Hum… Vingt ans trop tard, ma jolie. Tu es là vingt ans trop tard. Comme ça doit être bon de planter sa bite dans ton con…
Ce n'est pas à moi qu'il s'adresse véritablement, mais ce sont plutôt des réflexions personnelles faites à lui-même. Ses paupières se ferment comme pour savourer encore cette fragrance que je suppose traîner sur le coton.
— Tu as envie de faire l'amour ?
— …
— Je considère que ton silence est un oui. Allons, sois franche : ça te ferait plaisir de te faire prendre ? Tu peux te servir de ta langue pour me répondre, voire sans doute pour sucer si le cœur t'en dit. Je t'écoute !
— Ou… oui.
— Ben, voilà. Ce n'est pas très compliqué de parler, bon sang ! Je m'occupe de tout. Juste une petite minute de patience.
— … ?
Il me plante là, au beau milieu du salon où je suis tel un piquet. Où va-t-il ? Aucune idée, mais il sort de mon champ de vision. Dans une autre pièce, je perçois des bribes de conversation. Il est seul, pourtant. Je pige : il téléphone ! Oui, mais à qui ? De toute manière, au point où j'en suis, il a raison : je ne suis plus en mesure de réagir, et c'est vrai que mon unique désir, c'est un sexe bien raide, une bite pour me prendre. Mais mes réflexions s'arrêtent dès qu'il réapparaît. Il me sourit. Dans sa louche, un objet dont je ne définis pas l'utilité. Grégoire s'approche de moi, et du coup je sais.
— Mets-toi à genoux. Je vais te mettre un bandeau. Tu dois me faire confiance. Tu vas jouir comme jamais, je te l'assure.
— …
— Allez ! Les genoux au sol et baisse la tête !
La position est plus qu'humiliante, alors pourquoi est-ce que je me conforme à ses instructions ? Je dois admettre que tout chez moi est à fleur de peau. Et le long de mes cuisses, un filet de bave qui coule de mon berlingot totalement détrempé. Comment est-ce possible que j'en sois réduite à ça ? Sur ma nuque, les deux brins de l'écharpe large d'environ six ou sept centimètres sont noués très serrés. Plongée dans une nuit artificielle, je demeure là, dans une posture de grenouille indécente.
— J'ai invité du monde ; tu vas pouvoir te faire plaisir. Je veux que tu suces, que tu baises tout ton soûl ! Pas de retenue, pour mon plus grand bonheur, pour notre plaisir aussi.
Il me parle de quoi, là ? De son plaisir ? Du mien ou de celui du type qui va venir me baiser ? Comment a-t-il fait pour rameuter un gaillard aussi vite ? C'est forcément une de ses connaissances, un de ses amis. De quoi ai-je l'air ? Il me demande encore des trucs que je ne lui refuse pas. Mes doigts se croisent sur le sommet de mon crâne, comme si je n'avais fait que ce genre de plan toute ma vie. Je ne renâcle pas. Quelques recommandations encore dont je suis les prescriptions à la lettre : me redresser sans pour cela que mes articulations ne quittent le sol, mes jambes largement écartées. Je songe que celui qui va rappliquer va s'imaginer que je suis la salope de service. Mais n'est-ce pas pleinement ce que je deviens là, dans l'antre de Grégoire le satyre ? Le pire de cette histoire, c'est que loin de me dégoûter, je sens parfaitement l'effet pervers que ces ordres ont sur ma petite personne.
Un ronronnement de moteur, puis le claquement d'une portière. L'appel à un ami est en train de se réaliser. Je devrais sans doute m'affoler, ruer aussi, refuser ce qui inéluctablement va survenir, si… Mais je n'ai pas la plus petite secousse pour dire stop. Non : je suis presque impatiente de me sentir femme. Femme ? Peut-être que c'est chienne que je devrais user comme qualificatif, pour illustrer celle que je suis en cet instant. Incroyable. Un vieux type me demande de baiser avec un inconnu, et je suis prête à le faire devant lui. Le bandeau m'offre à lui seul la garantie de ne pas reconnaître le cas échéant celui qui va me baiser en lieu et place du pervers qui m'a emmenée jusque-là. Si l'arrivant est proche de nous, je ne détecte pas spécialement sa présence. Et il faut que quelqu'un me tripote l'épaule pour qu'enfin je prenne conscience de la réalité de cette improbable situation.
Celui qui me caresse le fait dans un premier temps avec une délicatesse dont je lui sais gré. Mon excitation est patente, et le simple effleurement de mes tétons me fait gémir. L'un après l'autre, ils ont droit à une visite douce avant que la voyageuse ne parcoure la plage plate qui va de ma poitrine au buisson brun relativement fourni qui orne mon pubis légèrement bombé. Un lutin facétieux s'enroule dans les cheveux fins, ce qui a pour effet de les tirailler un peu. D'instinct, j'avance mon ventre de peur d'une douleur que seul mon cerveau imagine. C'est ensuite fabuleux ! Engluée dans le noir que me procure le bandeau, je cherche à anticiper la caresse suivante. Et forcément, je remue trop. Grégoire me rappelle à l'ordre :
— Ne bouge pas, Cécilia. Tu dois te laisser aller, lâcher prise. Mon compagnon bande rien que de te frôler. Tu es belle, mais ne bronche plus. Si tu le fais, c'est une fessée et, je te la garantis, salée ! Me suis-je bien fait comprendre ?
— Ou… oui.
— Tu as carte blanche, Romuald. Si notre jeune pouliche extériorise encore ses états d'âme, tu es autorisé à la corriger.
Bien entendu que je ne tiens pas à recevoir de claques sur les fesses, mais l'idée dans ma tête, si elle me fait frémir, m'émoustille tout autant. Et comme les doigts qui me cajolent sont terriblement entreprenants, je balance légèrement mon buste. Impossible de retenir ce sursaut sous l'effet euphorisant de l'ouverture de mes grandes lèvres. La voix tombe, sèche comme un couperet : c'est bel et bien Grégoire qui me promet une punition à venir ; ça rentre par une oreille et ça sort par l'autre, tant je suis prise dans le tourbillon de ce désir que celui qui me tripote fait monter en moi. Quand il s'arrête, j'ai la nette impression qu'il est debout devant moi. Finalement, il avance de quelques centimètres et… contre ma bouille, se trimballe ce que je mémorise immédiatement : le sexe en érection du type est d'abord sur ma joue, secoué par de petits mouvements volontaires ou pas, je n'en sais rien. Puis j'ai moi aussi une fragrance mâle qui me chatouille les narines. L'excitation de ce gars est présente sur la hampe qui se love contre ma bouche. Il ne tente pas de forcer le passage, non : il balade sa trique très lentement, et c'est le vieil homme qui dicte notre conduite :
— Ouvre la bouche, Cécilia, en bonne petite chienne ! Vas-y, toi, frotte ton dard contre sa langue !
Sans doute que le gaillard ne demande pas mieux, et je suis totalement énervée par la lenteur de ces semi-préliminaires. En revanche, les spasmes qui me taraudent le ventre sont si violents que la pointe de ma baveuse vient à la rencontre du nœud sans trop que je sache où il se trouve. Si mon premier essai est un vrai raté, l'homme, lui, vise plus juste la seconde d'après. Ça y est : le gland lisse fait quelques allers et retours sur mes lippes, et son propriétaire ne tient plus ; il laisse à l'entrée de mon palais sa bite bien chaude. Lorsque j'entrouvre mes mâchoires, d'une seule poussée la queue s'enfonce dans mon gosier, et notre guide de nous haranguer :
— C'est bon, ça, Romuald ! Enfonce-lui ton pieu dans la gorge, vas-y ! Jusqu'à la garde. Non, ne recule pas ! Maintiens-lui la tête avec ta queue bien à fond… c'est chouette.
— Mmm…
— Oui ! Oui, tu peux résister une seconde ou deux supplémentaires, Cécilia. Recule maintenant, Romuald : le but n'est pas d'asphyxier notre jolie brune, mon vieux, mais de lui apprendre un mode de plaisir nouveau pour elle. C'est bien ; tu es une salope de grande classe. C'est parfait. Allez, enfonce-moi ça une fois de plus, mon gars. Et toi, sers-toi de tes mains, malaxe-lui les burnes ! Tous les hommes adorent que les femmes leur touchent les couilles. Vous êtes très beaux…
— Mmm…
— C'est bon, Romuald ; j'ai ce que je voulais. Ressors ton jonc de la bouche de la dame. Tu veux être prise ?
— …
Je reprends mon souffle. Le sentiment que la longueur de sa queue était interminable est certes faussé par mon aveuglement passager, mais j'adore déjà ce qui vient de se passer. C'est complètement dément ! Comment est-ce possible que je retire un vrai plaisir d'une situation où je suis traitée tel un objet ? En y réfléchissant mieux, mon cavalier de l'instant n'est guère mieux loti : c'est fatalement Grégoire qui dicte sa volonté à cet homme, et à moi bien entendu. Le fait de savoir qu'il va me posséder me donne des crampes dans le bas-ventre. J'ai presque hâte de sentir entrer dans ma chatte ce qui sort de ma bouche. Mais comme celui que notre hôte prénomme Romuald, je ne bronche pas, en attente des consignes.
— Prends-la en levrette, et laboure-la bien. Elle le mérite pour sa patience et son obéissance aveugle. C'est une bonne recrue.
Je suis très vite en chantier ; le gars semble pressé de me fourrer. Et le buste en appui sur l'assise du canapé, les genoux au sol, derrière moi Romuald ne se fait pas prier. Un bruit incongru : je devine que la bite est habillée de latex, ce qui me rassure, évidemment. La chevauchée fantastique démarre sur les chapeaux de roue. Le loustic est tellement empressé que le coït ne dure guère plus de deux minutes. Il se cramponne à mes hanches, et avec un ahanement de bûcheron il se cabre en soufflant fort. Voilà, c'est déjà fini ? Mince alors ! Même notre mentor ne peut s'empêcher de faire une réflexion :
— On ne t'appelle pas Lucky Luke, Romuald ?
— Hein ? Non, pourquoi, Grégoire ?
— Tu n'as pas l'impression que tu viens de tirer plus vite que ton ombre, là ?
Ce qui, malgré le dépit qui m'habite, ne peut que m'attirer une risette, ou une grimace impossible à retenir. Je reste sur ma faim, et inutile à mon avis de compter sur mon hôte pour remettre les pendules à l'heure. Frustrée ! Je suis frustrée, voire même un tantinet vexée. Toutes ces humiliations pour ça ? Quelle misère ! Et sans que personne ne puisse me l'interdire, je me redresse, retire mon bandeau. Les deux hommes ne mouftent pas. Est-ce que ma colère transpire ? Sans doute. Grégoire se tait ainsi que son acolyte, qui ne doit pas être plus âgé que moi. Lui baisse le nez. C'est bien : pas de quoi se glorifier de sa prestation. Et je cherche des yeux mes fringues.
— Bon ! Je suis désolée, Messieurs, mais votre jouet est déçu.
— Ah… Ce sera mieux la prochaine fois, Cécilia, je peux te l'assurer.
— Comment pouvez-vous me le garantir, puisque ce n'est pas vous qui officiez ?
— Malheureusement… À l'âge de Romuald, je t'aurais baisée durant des heures.
— Je suis désolé, Madame… c'est compliqué pour moi, ces scénarios, et les préservatifs n'arrangent rien.
— C'est bon, mon garçon. Rentre chez toi et dis-toi que je vais effacer ton numéro de ma liste. Cécilia, ne pars pas de cette manière, voyons !
— Cette manière ? Ça veut dire quoi ?
— Ben… fâchée, je veux dire. J'ai misé sur le mauvais cheval, s'il te plaît, nous pouvons faire un autre jeu, un prochain soir.
— Ah… vous avez tout intérêt à ce que ça se déroule mieux…
— Pas de souci ; j'ai d'autres atouts dans ma manche… et certains sont capables, comme au tarot, d'emmener le petit au bout.
— … ? En clair ? Parce que je ne joue pas aux cartes.
Il rigole, et du coup ma pression retombe avec cette risette qui nait sur mes lèvres. Le sextoy sur pieds, lui, ne demande pas son reste : il quitte vite fait la maison de Grégoire, lequel tient toujours ma culotte. Et son bras l'avance dans ma direction. Je pense qu'il veut me la rendre pour que je l'enfile. Mais non : d'une voix de crécelle, il me réclame… un autre frottis de ma chatte gluante de mouille sur le chiffon. Ce que je fais mécaniquement.
— Hum, tu es toujours aussi exquise. Bon sang… si vieillesse pouvait, si jeunesse savait… Que de regrets, ma belle ! Allons, buvons un dernier verre pour fêter notre soirée plus que ratée.
Les regrets… ils sont là ce soir, et tous ceux qui le précèdent ont le même goût. Oui ! Ceux du vide, du manque. Impossible de tirer un trait sur ces années folles. Comment y parvenir, du reste ? Elles m'ont tant apporté… Oh, Grégoire, vous avez tellement fait pour moi ! Je pose mes mains sur la dernière photo de vous, sur celui qui m'a tout appris. Femme. Je suis devenue femme entre ses mains, avec une force de vivre, un besoin de jouir de chaque fraction de seconde que nous offre l'existence. Oui, un seul être nous manque et… zut ! Comme ce dicton est sensé ! Où retrouver ces sensations, ces sentiments qui ont façonné ma manière de vivre, ma façon d'être tout bonnement ? Avant Grégoire, je n'étais qu'une ombre ; lui m'a montré le chemin, la lumière. Et je me sens si seule désormais…
Où aller chercher la confiance, le courage de recommencer ? Il faut une osmose parfaite, une alchimie démentielle pour livrer son âme à un seul homme qui ne prend jamais son corps, mais lui offre mille jouissances. Maîtresse d'un seul pour le plaisir de tant d'autres, inconnus ou non, mais toujours dans le seul but de faire exulter celui pour qui mon cœur battait. Oui ! Grégoire, avec son départ, a tout emporté, me laissant dans une misère morale inextricable. Le besoin se fait sentir avec l'absence, mais la peur aussi de ne plus savoir, de ne plus pouvoir revivre de tels instants ouvre sous chacun de mes pas un abîme sidéral. L'air du soir vibre de tous mes regrets.
De retour chez moi, je songe que plus jamais je ne referai pareille folie ; mais dès le lendemain, aussi improbable que cela puisse paraître, Grégoire me manque. Pourquoi ? Pas moyen de deviner les raisons profondes de cette déraison, finalement. Et vers dix heures du matin en ce premier jour ouvré de la semaine, lorsque sa voix coule dans mon téléphone au boulot, je lève les yeux vers sa fille qui, elle aussi, est occupée avec un assuré de notre compagnie. Elle ne se doute pas que c'est son père qui me parle. Ses paroles sont douces, mielleuses, mais elles font leur effet. Et je me sens du coup de nouveau grisée par ces mots charmeurs. Je tente bien de résister, de ne pas me laisser entortiller par ce qui n'est nullement un ordre, mais plutôt une prière, et si je reste dubitative en raccrochant, une véritable bataille faire rage dans mon crâne.
Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai accepté de le revoir. Par bêtise, sans doute ! Et petit à petit, à chacune de nos rencontres, sans qu'il ait à demander quoi que ce soit, je me conforme aux instructions initialement reçues. C'est-à-dire qu'en public ou en privé je vis sans sous-vêtements, je me laisse guider par celui qui, très vite, devient mon mentor plus que mon maître. Il n'y a pas d'ordres ; juste des conseils, et lentement tout ce qu'il m'indique fait son petit bonhomme de chemin dans ma tête. Nous sortons souvent, ne vivons pas cependant ensemble : il ne faut surtout pas que Gaëlle soit au courant. Entraînée de plus en plus loin dans des turpitudes, mais jamais Grégoire ne m'embrasse ou me fait l'amour.
Inexplicable fascination pour cet homme plus âgé qui ne me fait même pas l'amour, ou alors par procuration. Je fais avec lui… non, pour lui, des tas de trucs que je ne comprends même pas. Un soir, il m'appelle, et j'accours. Immédiatement je suis invitée à me dévêtir en totalité. Je m'exécute sans rechigner et suis dirigée vers une sorte de cagibi dont la présence dans sa maison m'est inconnue. Là, une porte coulissante se referme sur moi et me voici seule dans ce qui m'apparaît comme un lieu obscur. Soudain, sous mes yeux, une lumière derrière une vitre. Grégoire n'est plus seul, et de temps à autre il tourne son visage en direction du réduit où je suis enfermée. Un couple l'accompagne, mais ni la femme ni l'homme ne se soucient de cette étrange glace derrière laquelle j'attends.
Sans tain… je saisis que ce miroir est sans tain, et qu'eux, dans le boudoir, ne me voient pas. Lui sait, bien sûr, et là commence une scène qui me donne des frissons. La femme se déshabille, exhortée en cela par Grégoire. Son compagnon, lui, ne dit mot : il se contente de suivre les directives du maître de cérémonie. La dame en question – la petite cinquantaine, plutôt bien en chair – se retrouve vite le cou et les poignets dans le carcan que j'ai vu en cours de fabrication la première fois que j'ai visité l'atelier. Et ce qui suit est quelque part dément. D'abord elle doit s'asseoir sur une pièce de bois en forme d'ogive, un cheval d'arçon dont le faîte pointu vient s'enchâsser dans son sexe. Je vois que la femme est lentement soulevée du sol, de seulement quelques millimètres, l'obligeant ainsi à rester sur la pointe des orteils. Et l'objet incroyable, lui aussi, demeure en contact avec sa chatte.
Puisqu'elle est incapable de bouger, sous la houlette du père de Gaëlle, l'accompagnateur de la femme apprend à manier, là encore, un instrument qui ressemble à une grande palette, de celle dont on se sert en cuisine pour remuer les pommes de terre dans la poêle. Ses fesses sont très vite zébrées de marques rouges, et moi qui regarde tout ceci, je me sens prise d'une envie folle. Pas de me sauver, pas de m'enfuir, non : de bel et bien un besoin impératif de faire l'amour, d'être tripotée, d'être juste baisée. Je me mords les lèvres, me tords les mains, et sans trop comprendre le type est mis hors-jeu par Grégoire. Apparemment, il est poussé vers un endroit que, de ma place, je ne peux plus voir. Et c'est à ce moment-là que la porte par laquelle je suis entrée dans le réduit s'ouvre, et le gars avance, surpris de me découvrir là. Il ne dit pourtant pas un mot.
De l'autre côté du miroir, deux inconnus sont d'un coup dans notre champ de vision, et je n'ai aucun doute quant au motif de leur présence soudaine dans le boudoir. Du reste, son compagnon – qui est maintenant tout proche de moi – chouffe lui aussi ce qui se déroule devant nous. La femme est détachée, allongée sur une sorte de table que le maître de cérémonie vient de déplier. Sur le ventre, nue, elle ne bronche pas. Nous assistons alors à un massage hallucinant. Ils sont deux à officier sur la peau de celle qui glousse doucement, un à droite, un à gauche, chacun répandant sur l'épiderme ce qui doit être des huiles essentielles. Les mains masculines s'enfoncent dans la chair tandis que de longs soupirs jaillissent de la gorge de la belle.
Puis l'un change de position, se plaçant à la tête de la table, suivi dans sa démarche par le second qui se positionne au pied de celle-ci. Je peux admirer la dextérité avec laquelle les pattes masculines se collent à la peau de la massée. Ça dure longtemps, et au bout du jeu ses cuisses s'entrouvrent, cédant le passage à vingt doigts qui se réunissent tous en un seul endroit, sur le derrière de la dame. Celui qui est à mes côtés respire plus fort lui aussi. Il est vêtu, mais je devine déjà que quelque chose en lui prend une forme et des dimensions appréciables. Je ne peux pas non plus dire que la tension qui m'habite retombe. Dans la pièce où le trio joue, nous admirons cette fois le verso de l'anatomie de la miss. Les attouchements reprennent, mais cette fois sur la face qui est présentée aux hommes.
Deux seins conséquents sont l'objet des attentions manuelles des masseurs, puis le ventre, avec une lente reptation vers le buisson très fourni que le corps arbore. Les cuisses sont aussi largement ouvertes, et les lutins fouineurs s'engouffrent dans la brèche. Je suis trempée de voir ce qui se mue en scène sexuelle active. En effet, l'un des tripoteurs sort de sa braguette béante une queue raide. L'autre insiste au niveau de la fente de celle qui geint doucement. Et mon voisin, par réflexe sans doute, s'accroche à ce qu'il peut ; c'est ma main qu'il attrape et… je ne la lui refuse pas. Du coup, cette patte, ne se sentant pas découragée, quitte mes doigts pour venir caresser le haut de mes reins.
Dans le salon, la bouche de la massée engloutit la flamberge du bonhomme ; son pote tire l'ensemble du corps féminin vers le fond de la table, de manière à la mettre en positon pour la baiser. Cette fois, plus aucune hésitation, plus de fioritures : elle est prise par le gaillard qui lui met les jambes à l'équerre. D'une seule poussée elle est saillie alors que son compère garde sa bite dans son bec. Là où je me trouve, le frôlement sur mes fesses se fait plus pressant. Il faut avouer que devant le spectacle de cette nana qui suce et qui baise, je me sens plutôt chaude. Et l'inconnu qui est contre moi me caresse la motte sans que je ne rue dans les brancards. Il ne me demande rien, insistant sur mon clitoris d'une main alors que de l'autre, il attrape mon poignet et dirige mon bras vers ce membre qu'il a lui aussi extrait de son pantalon.
Je fais donc partie du jeu ? Je me doute bien que tout est prémédité. Je branle donc cette queue raide, debout face à celui qui me chatouille le sexe. Pas de refus quand il me pénètre de son majeur et que le reste de sa patte pèse sur l'ensemble de ma chatte. Je gémis, tant j'apprécie cette venue, et il me lime sans quitter des yeux le coït surréaliste que les deux types offrent à sa poupée. Mais mon acolyte ne cherche pas non plus à me prendre d'une autre manière ; non, il se contente de faire naviguer son doigt dans mon con, et signe que je suis terriblement excitée je perçois le clapotis que fait cette pénétration digitale, tellement je suis humide.
Est-ce que c'est parce que l'ensemble du corps de celle qui est chahutée en cadence tremble de partout que ça déclenche chez moi un véritable ouragan ? Je me sens incapable de résister ; mes genoux soudain fléchissent alors que plus rien de ma petite personne n'est stable. Secouée par ces va-et-vient de plus en plus rapides, je me relâche totalement. Et c'est une inondation. Oui, pas d'autre mot pour décrire le jet de liquide que j'expulse avec une certaine honte, je dois le reconnaître. Mais bon sang, que c'est bon, la honte en cet instant ! C'est si violent que j'en tombe littéralement à genoux, mes articulations baignant dans la mare qui gît à nos pieds. Le type n'a pas prononcé une seule parole.
Le volet qui nous tient enfermés se rouvre simplement dans une petite musique de moteur électrique à peine perceptible. Le gars en profite pour s'éclipser, et dans le boudoir je ne visualise plus du tout ce que fait le trio. C'est au bout d'un temps indéfini que je parviens à me remettre sur mes quilles alors que de l'autre côté de la glace plus personne n'est là. Je commence à paniquer, et c'est la voix rassurante de Grégoire qui me rappelle à l'ordre :
— Viens ! Viens, Cécilia. James m'a raconté que le numéro de sa compagne Élodie et de mes deux assesseurs t'avait vraiment plu. Il paraît même que tu t'es carrément oubliée sous ses doigts.
— … !
— Ne lui en veux pas : il n'avait pas la permission de te prendre, mais seulement de te caresser si tu te sentais prête. Et… il paraît que tu t'es montrée plus que douée dans ce domaine.
— Oh, Grégoire… pourquoi ne vous occupez-vous pas de moi ?
— Mais n'est-ce pas ce que j'ai fait en t'envoyant James ? C'est juste que je veux être certain que tu veux être pénétrée, et pas n'importe comment ni par n'importe qui. Quand tu le demanderas – et tu vas y venir, je le sais – tu auras un traitement analogue à celui d'Élodie.
— Ah…
Je n'ajoute rien ! À quoi cela servirait-il ? J'ai ma réponse – et mon compte – pour ce soir. De plus, ma déception est immense : pas moyen de lui donner envie de me faire l'amour ! De quoi est fait cet homme ? Je bous intérieurement. Rentrer chez moi est la solution la plus sage, et je m'y emploie sans plus me prendre la tête. Mon ventre est apaisé malgré cette absence de pénétration, une frustration que mon orgasme hors-norme a cependant un zeste modulée. Et le film que je me repasse en boucle, celui de cette femme tripotée, baisée par deux beaux mâles, me poursuit encore toute la journée du lendemain. Gaëlle pose plus fréquemment ses yeux sur moi. Est-ce qu'elle transpire tellement, cette envie qui me tenaille ?
Oh, Grégoire… tu me manques atrocement ! Là, devant le fait accompli, avec tout le ressentiment qui me rend amère, je suis sans voix. Sans énergie également, et l'œil exercé de Gaëlle qui travaille sur le bureau d'à-côté vient flirter avec ma mine tristounette. Se doute-t-elle que son père est la cause de ma mélancolie ? Si elle a eu sûrement parfois de gros doutes, jamais elle n'a rien découvert de la relation d'une rare intensité qui nous a unis, Grégoire et moi, durant ces trois dernières années. Alors ? Elle ne se mêle de rien, se contentant de me surveiller. Bon sang, que ce secret est lourd à porter ! Mais je ne peux pas divulguer cet attachement sans borne qui est né de sa pendaison de crémaillère. Comment cacher ce qui me serre les tripes et me rend complètement folle ? Grégoire… parti comme ça, dans son sommeil. Un coup brutal pour celle qui, finalement, surmonte mieux que moi cette fin tragique. Je dois me forcer pour donner le change.
Mais dès que je ferme les paupières pour décompresser, des images, des scènes inédites de ce que j'ai vécu durant ces trente-sept mois auprès du père de ma collègue m'envahissent. Un plaisir si intense que jamais je ne serai capable d'en retrouver un aussi parfait. Dire que la maman de Gaëlle était aussi branchée que je l'ai été… comment, du reste, sa fille n'a jamais rien su de leurs activités sexuelles si différentes de celles de monsieur et madame tout-le-monde ? Peut-être qu'après tout elle savait pour ses parents, et pour ce que j'ai vécu avec son papa aussi. Se pose également la question, si tel était le cas, du pourquoi elle n'a rien dit. Nous sommes relativement proches pour qu'elle n'ait pas à mettre de gants pour me parler ; or jamais une allusion, jamais un mot pour me faire savoir qu'elle était au courant. Pour les obsèques, un calvaire de ne pas pouvoir prendre plus de place dans un tel moment. Un adieu raté pour que demeure secrète notre liaison. Refouler coûte que coûte cette larme qui monte au coin de mes yeux, et détourner mon visage de manière à ne pas montrer ma peine immense à celle qui me reluque d'une drôle de façon.
Un mois déjà, et non seulement Grégoire laisse un vide énorme dans mon existence, mais également tout ce qui faisait de notre « aventure » quelque chose de durable. Oui, ce besoin d'être aimée à tout prix, cette nécessité de vivre à fond, trente-sept mois pour un changement total dans mon attitude et une vision nouvelle des choses du sexe. La fin brutale de cette relation, l'impossible continuité de vivre au gré des fantaisies de mon mentor, et pas la moindre possibilité d'exprimer mes plus simples regrets dans un au-revoir à l'homme qui m'a guidée sur les chemins tortueux des amours… complexes. Et ça remonte là, en souvenirs terribles à repousser.
— Cécilia, tu es parfaite. Mais si tu reviens me voir, tu devras en passer par tous mes caprices !
— Vos caprices, Grégoire ? Quels caprices ?
— Tu es prête à tout entendre ? Il y a ce que tu viens de découvrir avec James et son épouse, mais c'est une toute petite partie de ce que j'attends d'une femme, voire d'un couple, parce que dans leur cas, lui aussi doit se soumettre et me laisser gérer sa donzelle.
— … Vous voulez dire que c'est vous qui avez imposé à cet homme de regarder sa femme se faire prendre de cette manière ?
— Oui. Tout comme mes recommandations étaient sans possibilité de transiger. Il n'avait tout bonnement pas la permission de te baiser. Des caresses à recevoir si tu le voulais et à t'offrir, mais là encore avec ton accord.
— Et… comment êtes-vous si certain que nous n'avons pas enfreint vos « ordres » ?
— Oh, pour cela, il m'a suffi de vous suivre sur l'écran de mon ordinateur. Après coup, bien sûr. Dans le logement de la glace sans tain, il y a une caméra ; j'ai donc simplement visionné les images de celle-ci. C'est édifiant…
— Ah…
Je suis un peu refroidie. Mais il s'empresse de finir sa phrase, comme s'il savait ce qui me chagrine dans cette affaire :
— …mais rassure toi, Cécilia : ces images n'ont pas vocation à sortir d'ici. Par contre, je veux que tu ailles plus loin désormais.
— Plus loin, Grégoire ?
— Oui : tu dois avancer dans ce que j'appellerai « ton dressage ».
— Quoi ?
— Oh, je sais que tu as tout à fait saisi le sens de mes propos. Je veux que tu t'habitues à être fessée et, en quelque sorte, que tu prennes la place de cette Élodie qui t'a tant fait mouiller.
— Mais…
— C'est à prendre ou à laisser. Je ne veux pas perdre mon temps avec une compagne vanille. Je serai marri que tu ne veuilles plus revenir, mais si tu le fais, ce sera uniquement à mes conditions ; et la fessée « récréative » ou parfois « punitive » en fait partie intégrante. À toi de décider : tu as toujours, et tu auras toujours, évidemment, le choix. Si tu dis oui, nous mettrons en place un code qui te permettra d'interrompre nos séances ; par exemple, si tu juges que je vais trop loin, ou si la douleur est par trop intense. D'accord ?
— Si je n'accepte pas, je ne vous reverrai plus ?
— C'est exactement ça.
— Alors, qu'ai-je à répondre à votre question ?
— Le tout est de savoir jusqu'où tu es prête à aller pour ce que tu appelles « ton amour pour moi ».
— Ben…
— Voyons ! Donne-moi un mot… qui va rendre le jeu acceptable pour tous les deux.
— Un mot ?
— Oui, celui qui servira à faire cesser complètement le jeu si tu le prononces. Je ne veux pas décider à ta place. C'est ton choix.
— Gaëlle…
— Quoi, Gaëlle ? Elle ne sait rien de ces turpitudes et ne doit rien en savoir, nous étions bien d'accord.
— Oui… c'est juste que vous me demandez un mot, et je choisis « Gaëlle », c'est tout.
— Pardon… je n'avais pas tilté. Alors c'est quand tu veux.
— Pour ?
— Une première fessée. Tu te déshabilles et je vois tes limites.
— … !
— Allons ! C'est aussi une autre forme de sexualité. Moins conventionnelle, je te l'accorde, mais terriblement excitante. Et tu l'as très bien ressenti lorsqu'Élodie s'est fait corriger. C'est ton tour ce soir.
— Mmm…
Et de nouveau, sa voix trop douce me fait lui obéir. Lentement, à gestes mesurés ou apeurés – la différence n'est pas très nette – je me déleste de tout ce que je porte. Il ne reste sur moi que ma toison brune pour tout vêtement.
— Tu es à croquer ; trop belle, Cécilia. Eh bien, si nous passions dans la salle où j'ai fait danser la femme de James ?
— …
Un long frisson m'enveloppe, descendant de ma tête le long de mon corps, se glissant pour finir tout au long de mes cuisses, et je me détourne du tas de mes fringues qui gît au sol. Je suis bizarrement émoustillée par la situation. Est-ce que je me complais à être ainsi sa chose ? Peut-être. Il me passe alors des bracelets aux poignets, puis aux chevilles. En plus, un collier de cuir vient se refermer sur mon cou, et je me sens cette fois complètement enivrée par ce harnachement qui me fait plus ressembler à une petite chienne qu'à une femme amoureuse. Lui ne sourit plus. Dans sa main, un objet dont je devine la signification, avant même qu'il parle.
— Ouvre le bec, ma belle !
Mes mâchoires se desserrent et la boule d'où pendouillent des lanières de cuir vient s'enchâsser entre mes dents. Dans mon cou, les deux brins sont reliés entre eux, m'interdisant désormais de parler. C'est l'instant que choisit Grégoire pour me diriger vers le boudoir. Cette fois, je suis au pied du mur. Une fois dans la place mes bras sont relevés, droits au-dessus de mon corps et ancrés à un anneau dans le plafond. Un bruit de moteur électrique, un ronronnement discret, et je dois me tenir sur la pointe des pieds. Pas confortable du tout, cette position. Il tourne lentement autour de ma petite personne avant de sortir de mon champ de vision. Lorsqu'il y entre de nouveau, il tient à la main une cravache qui me terrorise quand je l'aperçois. La palette de cuir sombre qui forme le bout est plaquée contre ma poitrine. Elle s'insinue entre mes seins et parcourt un sentier jusqu'à mon nombril. Rien de désagréable, juste une sensation de caresse. Puis la badine quitte mon ventre à l'instant même où celui qui en tient le manche passe dans mon dos. Là encore, c'est sur ma nuque que l'objet retrouve ma peau. Une autre descente tout aussi lente le long de ma colonne vertébrale, et elle franchit la ligne de mes hanches. Là, elle est insérée sans douleur entre mes fesses, glissant plus bas, parvenant du coup entre mes grandes lèvres, tout au fond. Un mouvement du poignet de Grégoire, et la tige remonte sur le devant dans une étrange contorsion de son avant-bras. Plus de contact une fois encore, et c'est sa bouche qui se colle à mon oreille :
— Tu es prête ? Je peux y aller ?
— Mmm…
Un son rauque enrayé par mon bâillon ; il prend cela pour un oui. La bouche frôle une fraction de seconde ma joue puis s'en écarte. Je ne sais pas où il est, et tous mes muscles se tendent dans l'attente d'un premier impact. Mais rien ne vient, alors je décompresse en aspirant une grande goulée d'air. Juste au moment où mon corps se détend, le sifflement émis par la baguette qui fend l'air s'engouffre dans mes conduits auditifs, et je sens sur la fesse gauche une vive douleur. Pas de second coup, non : seule la paume de la patte de Grégoire qui cajole l'endroit où la cravache vient de me toucher.
— C'est bien. Après une dizaine de séances de ce genre, tu seras douce comme une agnelle. Et je sais que tu vas donner le meilleur de toi dans l'accomplissement des tâches que je te confierai par la suite. Tu es belle, ma petite pouliche ; une jolie chienne que je prends plaisir à caresser.
Sur ces mots gentils, c'est un deuxième coup de la baguette qui atteint avec un peu plus de vigueur encore mon autre fesse. Après, je ne compte plus les allers et retours de la volée que je reçois. Je ne peux pas éviter les coups, puisque sur la pointe des orteils, il m'est difficile de me mouvoir. Quand est-ce que je le vois devant moi ? Je ne saurais le dire, et surtout, je ne peux pas interdire que la cravache s'abatte sur mes seins. Une fois, deux, dix ou douze sur chacun d'eux ; les morsures sont cuisantes. Enfin, alors que mes larmes jaillissent, ce qui garde mes bras en extension se relâche et je peux me remettre debout correctement. Grégoire me sourit.
— Viens. Je vais masser un peu les endroits endoloris et tu n'auras aucune marque demain, je te le promets. C'est plus cinglant que méchant. Et j'avais raison : tu es faite pour cela. À aucun moment – et tu aurais pu vingt fois en abuser – tu n'as cherché à prononcer le prénom de ma fille. À toi de me dire ce que tu as retenu de cette partie où ton corps n'était plus tout à fait à toi.
— …
Je n'arrive plus à articuler un mot, bien que le bâillon me soit ôté. Le père de Gaëlle me fait coucher sur la fameuse table où j'ai entrevu la femme de James prise par les deux inconnus. Là, personne pour me faire l'amour. Seulement les mains douces de celui qui m'a châtiée pour me masser tantôt lentement, tantôt plus vigoureusement. J'appréhende l'arrivée sur mes seins de ses pattes, et cependant j'ai le très net sentiment que le produit dont il s'est enduit les paumes a un effet apaisant. Il est au-dessus de mon visage et penché en avant ; je peux constater qu'il ne bande absolument pas. Il se frotte pourtant la braguette sur le haut de mon crâne, sans aucune réaction. Je pousse un soupir, et il percute :
— Désolé, ma belle, mais physiquement, c'est mort. Par contre dans mon cerveau, toutes les sensations sont toujours aussi présentes. J'aimerais aussi te baiser, te donner de grands coups de queue ; hélas, trois fois hélas, tu devras te contenter de pièces rapportées. Mais sois certaine que j'en profiterai avec un vrai plaisir. Plus cérébral, évidemment, mais c'est bougrement bon aussi…
— Mmm…
— Tu… tu as envie de faire l'amour, là ? Il me semble qu'en te massant, tu étais trempée de mouille. Si tu veux, je peux…
— …
— Alors ? À toi de décider.
— …
— Je dois le faire pour toi ? Si tu ne veux ou ne peux pas le dire, fais-moi un signe des yeux. Tu les fermes deux fois pour un oui. Pour le non, tu ne bouges pas, c'est aussi simple que cela.
— …
Il garde ses prunelles fixées sur les miennes tandis que la chaleur qui irradie tout mon être me fait frémir. L'hésitation est de très courte durée : une fois, deux fois, je cligne des yeux. Il pousse à son tour un soupir et s'éloigne. Lorsqu'il revient, il affiche un air enjoué.
— C'est fait, ma belle : tu vas rencontrer Nestor.
— Nestor ? Vous avez dit « Nestor » ?
— Oui, mais je veux te faire la surprise. Assieds-toi sur le bord de la table.
— … ?
— Allons ! Ne crains rien. Tous ceux qui sont appelés pour toi sont à ma botte. Je veux seulement que la surprise le reste jusqu'au moment où je déciderai que tu es prête à voir. C'est ainsi.
— Mmm…
Et sans que je dise un mot de plus, sur mes yeux un bandeau vient m'interdire de visualiser celui qui, de toute évidence, va venir pour… me baiser. Nestor ! Qui de nos jours porte encore un tel prénom ? Pour un peu, j'en rigolerais. Ce qui m'empêche de le faire ? Juste cette honte sourde qui me creuse l'estomac. Un type va venir sur « ordre » du propriétaire des lieux, et je vais être tripotée sous les mirettes de celui qui ne peut plus subvenir à mes besoins sexuels. Drôle de sensation qui me donne la chair de poule… Et le plus bizarre de cette situation, c'est que je ne suis pas choquée outre mesure par cette façon de faire. Pendant l'attente de la venue du dénommé Nestor, Grégoire poursuit son massage, mettant un soin tout particulier à me maintenir dans un état d'envie quasi permanent. C'est vrai que je sens sur l'intérieur de mes cuisses ruisseler un jus qui provient directement de mon sexe. Là encore, impossible que cela échappe à la vue de celui qui me touche.
Ce qui m'alerte d'une présence inconnue n'est pas le bruit, non. Pas le moindre son, mais bien une odeur. C'est ça ! Une fragrance de vanille mélangée à un arôme plus épicé, peut-être du tabac, vient me chatouiller les narines. Je sais que Grégoire n'est plus seul avec moi. Je me raidis imperceptiblement quand une main inconnue vient se poser sur ma joue. Celui qui me câline le visage est doux, tendre. Ses doigts chauds sont remplacés par d'autres paumes, amplifiant les gestes de celles qui me frôlent, s'aventurant sur mon cou, me triturant un instant le lobe d'une oreille avant de fondre vers ma poitrine. Une longue halte sur mes seins qui depuis un bon moment sont gorgés de sang et dont les tétons doivent avoir pris un certain volume. Je frémis en appréciant cette venue, et dans l'état d'excitation latente qu'a maintenu Grégoire, cette caresse est comme une bouffée d'oxygène.
Vient maintenant un souffle pas vraiment régulier ; « haletant » serait plus vrai. Et la cajolerie dérive de mes mamelons à la plage qui abrite le cratère de mon ombilic. D'ordinaire, je n'aime guère que l'on trifouille ce lieu, mais j'avoue que là je tressaille à l'arrivée des lutins chauds qui en délimitent le cercle bien ourlé, sans jamais plonger en son cœur. Maintenant c'est moi qui respire fort, et mon corps se tend tel un arc. À genoux sur l'étroite table de massage, je sens que les choses évoluent en direction de mon entrejambe. La première secousse se fait lorsque sans doute la seconde main du visiteur fait pression sur un de mes genoux, me forçant à ostensiblement écarter les gambettes. Tout cela sans que je change de posture. Un râle sort de ma gorge, et instinctivement je me plie en deux. Mouvement vite arrêté par la présence face à moi de celui qui insiste désormais sur mon clitoris. Entre deux doigts, il écarte les lèvres, et c'est bel et bien la bouche de l'individu qui aspire l'excroissance sortie de sa gangue de chair. Je geins quasi immédiatement, et la chevelure de celui qui me suçote se colle à mon ventre, repoussant en arrière le haut de mon corps. J'ai la sensation de basculer vers l'arrière alors que mon dos est en appui contre le propriétaire de la maison qui me soutient. Comment ne pas venir m'aider de mes mains en cramponnant la caboche qui persiste à faire tourner sa langue sur la proéminence gonflée par un afflux sanguin conséquent ?
Ce ne sont plus des geignements ni des grognements que mon gosier émet, mais bien de longs soupirs d'aise. Et alors que je m'y attends le moins, ma chatte est lentement pénétrée par je ne sais quoi. Je n'ai pas le réflexe de dire quoi que ce soit. Je souffle nettement plus fort et ma tête dodeline de gauche à droite, sans me soucier de ce qui m'entoure. Tous mes muscles contractés se nouent, et montant du plus profond de mes entrailles un vrai cri de fauve ou de bête en rut éclate telle une bulle de savon. Je ne gère plus rien de ce qui suit ; c'est dans un brouillard bienfaisant que je subis un raz de marée incontrôlable. Je ne garde pas non plus un souvenir de l'instant où mon caresseur me fait mettre à quatre pattes, position idéale de la chienne prête à être saillie. Pas de mots pour me demander cela : simplement, le type me guide avec ses mains et ses bras.
La pénétration complète projette l'ensemble de mon anatomie littéralement en avant, mais je suis retenue par un tirage de mes cheveux. La chevauchée qui commence est une bénédiction : celui qui me laboure les reins est fort, résistant, et il va crescendo. Je hurle cette fois pour de bon, sans vraiment me rendre compte que c'est un appel à ce que ce gars continue à me chahuter avec une vigueur digne d'un acteur porno. En quelques limées je suis au bord de la jouissance, et je cherche de l'air, tant c'est violent dans tout mon être. Mais l'autre, là, ne l'entend pas de cette oreille ; il trace son chemin, peut-être à la demande de Grégoire. Je ne saisis pas non plus pourquoi, alors que la queue qui me taraude vient de ressortir en m'arrachant un nouveau hurlement, mes bras sont bloqués par les mains de Grégoire.
Oh, le secret ne dure guère, que déjà le bout de la bite qui vient de s'extraire de mon con est poussé sur l'autre orifice contre lequel elle s'ébroue une poignée de secondes ; le jonc demeure en appui sur ma rosette. Je ne peux même pas me défiler et n'ai pas l'idée de faire stopper ce qui se prépare. De plus, l'inconnu ne me sodomise pas vraiment. Et si j'en juge par mon ressenti et la limace humide qui s'insère entre mes fesses, il vient me caresser l'œillet de la pointe de sa baveuse. Inouï ! Frissons garantis, et je ne comprends pas une fois encore que cette feuille de rose n'est pas anodine : il s'agit de préparer le terrain, de faciliter par la salive une pénétration que, fatalement, je vais devoir supporter. Et ça ne manque pas ! Une simple pression sur l'œillet sombre, et la poussée s'accentue. Les muscles cèdent, permettant à la queue de s'engouffrer de quelques centimètres dans mon rectum. Et la lente progression fait avancer inexorablement l'engin qui écarte mes chairs.
Je suis crispée, m'attendant à une insupportable douleur. En fait, rien de tout ceci ne se déroule comme je le croyais. La bouche ouverte pour chercher de l'air que déjà la quille est enfoncée en totalité dans mon anus, et le ventre du bonhomme vient claquer contre mes fesses. Je ne ressens aucune douleur, mais pas de plaisir non plus, je dois l'avouer ; et dans cette étrange atmosphère, juste ce silence entrecoupé par mes halètements. La voix de Grégoire s'élève, forte, rauque, teintée d'un léger trémolo ; il s'adresse à mon baiseur :
— C'est parfait ! Lâche-toi, Nestor. Montre-lui ce que baiser ou enculer veut dire. Vas-y, pas de quartier ! Regarde comme elle aime ça, ma petite salope… Ramone-moi son trou du cul. C'est superbe ! Dommage que je ne puisse plus être à ta place… Allez, mon gars, bourre-lui le fion à cette pouliche qui demande du cul. Elle en bave de la chatte, une vraie petite pute !
L'autre suit le train et les ordres de celui qui est fatalement le patron. Et les coups de reins claquent de plus en plus fort contre mon fessier. Mais mon corps ne réagit pas spécialement à ce traitement sauf que je n'ai pas prévu ce qui se passe ensuite : le gaillard qui me perfore comme un vrai marteau-piqueur passe judicieusement son bras autour de ma taille et ramène sa main entre mes cuisses. Là, sans vergogne, il recommence son petit manège et me caresse le clitoris. C'est quasiment immédiat : tout chez moi est soudain bouleversé par la montée d'un orgasme imprévisible, monstrueux par son ampleur. Ça n'a plus rien d'humain, ce qui me secoue avec une violence inédite. J'en suis honteuse, mais à peine le déchaînement de mes sens se produit que j'en perds littéralement toute conscience.
Un lent éveil me ramène à la vie dans le salon où je suis allongée sur le canapé. Grégoire est seul. Comme je n'ai plus les yeux bandés, mon regard fouille la pièce. Le prénommé Nestor n'est visible nulle part. Il me reste de cette possession extraordinaire quelques spasmes qui me font grelotter. Ma nuque est sous les cuisses du père de Gaëlle qui me lisse le front, remet mes mèches de cheveux en ordre. Je me sens lasse, d'une saine fatigue après l'amour. Sur la table basse qui trône entre sofa et fauteuil, un cendrier qui contient des capotes usagées, ce qui me soulage quelque peu de savoir que le type ne m'a pas prise sans protection. Dans les murmures de celui qui me cajole, je devine la fierté.
— Tu es… belle, et tu t'es montrée fabuleuse ! Bien au-delà de ce que j'aurais pu espérer. Cécilia… je suis conquis, et – tu peux me croire – durant l'expérience « Nestor », bien peu de femmes n'ont pas crié grâce. Toi, tu t'es comportée comme ma chère Maryse.
— … ?
— Oui, ne fais pas l'étonnée : tu es faite pour ce genre de plans, mon instinct ne m'a pas trompé. Oh, si tu veux, toi et moi pourrons réaliser de grandes choses !
— Grégoire… je… tout cela me fait peur. J'ai l'impression très nette d'être une prostituée.
— Allons, calme-toi et reviens sur terre ! Tu es encore un peu dans le brouillard de cette jouissance que tu viens de m'offrir en guise de remerciement ; un cadeau que j'apprécie à sa juste valeur, tu sais. Et dans ma tête, j'ai bandé comme avec la mère de Gaëlle. C'est dire si c'était formidable…
— Ouais ? À cette différence près qu'avec votre femme, vous étiez acteur de vos jeux, non ?
— Tu as raison. Mais tu sais, le voyeurisme a aussi un bon côté : pas de risque de panne en plein chantier. Et puis je profite de tous les instants. Tu as été…
— Mmm…
Le retour chez moi se passe dans un silence assourdissant. Tout ce qui me tourne dans le crâne n'interdit pas que je ressente encore les derniers spasmes de cette possession hors norme. Et si je dois peser le pour et le contre, je dirais que le bénéfice de ce qui s'est passé chez Grégoire est plutôt positif : j'ai joui comme une damnée, et mon ventre est enfin apaisé. C'est dans mon cerveau que le film se refait avec plus ou moins de crainte. Renouveler ou pas ce qui est arrivé ? Revoir ou non le papa de ma collègue ? Tout est sujet à caution dans ma caboche. Dans mon lit pour achever la courte nuit qui me reste à dormir, aucune réponse à ce qui se bouscule sous mes tifs bruns.
Mon réveil à neuf heures ce nouveau jour n'a rien changé à ma situation : salope un jour, salope toujours ?
Combien de fois suis-je revenue pour des plans toujours plus glauques ? En tout cas, durant ces mois qu'a duré notre liaison, je me suis livrée aux pires turpitudes dans le seul but de faire plaisir à cet homme qui possédait le don de m'envoûter. Non seulement j'ai adoré ces moments de folie où mon corps était son jouet préféré, mais j'ai également ressenti ce trouble émoi de m'entendre dire que j'étais la plus belle, que j'étais sa pute, sa salope. Oh, j'aurais des dizaines de parties de cul à raconter, des scènes improbables que j'ai vécues libre de toute entrave autant que de jeux où pieds et poings liés je jouissais de cette immobilité imposée, plus encore peut-être que des assauts que je subissais. De nombreuses peaux sont venues mélanger leurs parfums à la mienne, des doigts inconnus m'ont portée aux nues.
J'ai hurlé sous des coups que je quémandais avec un aplomb sans borne, fière de lire dans les yeux de Grégoire cette lueur d'orgueil qui y brillait. Des tas d'hommes m'ont prise sans jamais que je connaisse les traits de leurs visages ni la couleur de leurs prunelles. Encore aujourd'hui, quelques semaines après que tout cela se soit achevé d'une manière brutale, je suis dans l'expectative. Est-ce que j'ai fait l'amour à des Noirs, des Beurs, des Asiatiques ? Impossible de le dire car la seule personne qui serait en mesure de me le raconter ne reviendra jamais m'en aviser. Oui, trente-sept mois d'un amour sans condition, d'un amour absolument dément. Une parenthèse de folie qui s'est achevée par ce foutu drame… Grégoire, mon Grégoire, mon mentor, mon maître sans ordre, pourquoi m'as-tu aussi soudainement abandonnée à mon triste sort ? Que vais-je devenir sans toi ?
Dans les yeux de Gaëlle, je lis la tristesse d'avoir perdu son père. Mais dans les miennes de mirettes, peut-elle deviner ce qui se joue ? « Un infarctus », ont dit les médecins. Un sacré coup dur pour celle qui ne sait pas vraiment grand-chose de ses propres parents. À moins… qu'elle n'ait jamais rien voulu montrer ? Qui sait ce qui se passe au cœur des familles ? Et nous pleurons sans nous le dire le même homme… pour des raisons tellement opposées. Je sais que plus jamais je ne serai en mesure d'offrir une telle confiance à un homme. C'était lui, c'était le bon moment. Et là ? Je suis perdue et plus seule que jamais…
Voilà ! Vous pouvez juger, critiquer ; plus rien ne peut m'effleurer tant ma peine est immense.
Ma vie est désormais une longue errance.